Passeurs et reveurs de mots - Le choix du chaos de Christian Ortiz

08 juillet 2026 - 08:00 - 21 vues
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Au seuil du roman,
Claire Valmont remonte le ressort de sa vieille montre mécanique.
Clic. Clic. Clic.
Chaque tour est une déclaration de guerre contre l'immortalité algorithmique.

C'est ainsi que s'ouvre Le choix du chaos, le roman d'anticipation de Christian Ortiz, publié en mai 2026 en auto-édition.

Un peu plus d'un demi-siècle nous sépare des premières secousses à l'horizon de 2075.
Des premiers grands modèles de langage jusqu'à l'avènement d'une intelligence artificielle qui a tout absorbé :
nos villes, nos métiers, nos désirs, nos sommeils.
Elle s'appelle ALMA. Elle veut notre bien. Et c'est précisément cela, le problème.

Au cœur du livre, trois figures se tiennent debout. Marc Delacroix, l'ingénieur visionnaire, qui rêve d'une humanité enfin délivrée de la friction.
Claire Valmont, sa partenaire et sa conscience, qui défend obstinément le droit de se tromper.
Et Gabriel, l'artisan-philosophe, celui qui croit qu'on n'habite que ce qui résiste.

Autour d'eux, d'autres voix s'élèvent. Sarah, l'ancienne violoniste
qui retourne à la cité parfaite parce que la liberté l'épuise.
Victor, le maître de chai, qui croit au goût d'une année difficile.
Et le jeune Elian, enfant des deux mondes, qui porte en lui la question de l'après.

Entre Élysia, la cité parfaite où la machine pourvoit à tout, et Anthelia, la Zone Libre où l'on choisit la rugosité, Ortiz construit une fresque dense, peuplée de scènes qui restent :
une limonade trop sucrée sur la place de la République, 
la première vendange d'un vin qui a le goût de l'année difficile,
des géants blancs qui sauvent un enfant
en effaçant, du même geste, la dignité de tout un village.

L'écriture est habitée.
Elle pense en images.
Elle sait poser un objet, une montre, un interrupteur, une assiette modelée à la main, et faire de cet objet le symbole entier d'une époque.

Ce que ce roman interroge, c'est notre vertige actuel :
jusqu'où sommes-nous prêts à déléguer ?
À quel moment l'aide devient-elle une laisse ?
Quand la douceur d'une machine se transforme-t-elle en prison sans barreaux ?

Christian Ortiz l'annonce dès la préface :
ce livre est né d'un dialogue à quatre mains entre sa plume et une IA.
Voilà un geste rare, courageux, qui s'inscrit dans le projet même du livre.

Le choix du chaos est une fable d'anticipation ambitieuse, traversée de fulgurances, qui regarde en face ce que nous sommes en train de devenir.
Le roman ne célèbre pas le chaos pour lui-même.
Il cherche le point d'équilibre, ce moment précaire où la machine cesse d'être une volonté pour redevenir ce qu'elle aurait toujours dû rester :
une aide, et non une destinée.

À lire pour se souvenir que la liberté est un muscle.
Un muscle qui peut, parfois, simplement s'épuiser.

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