Passeurs et reveurs de mots - Couleur de la vengeance de Maurice Attia

26 août 2026 - 08:00 - 14 vues
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Marseille, octobre 1980.

Près d'un petit cinéma de quartier, à la Belle de Mai,

les affiches décollées,
l'odeur des salles d'enfance.

Paco Martinez est venu écrire sur le cinéma.

Un peu plus loin, dans un bar,
une camionnette s'arrête.

Deux hommes cagoulés.
Des coups de feu.

Et le vieux flic, en lui, se réveille.

Voilà l'ouverture de Couleurs de la vengeance,
de Maurice Attia,
aux éditions Jigal.

On y retrouve Paco Martinez,
enquêteur né à Alger,
exilé à Marseille,
comme son auteur.

Paco a rendu sa plaque.
Il tient désormais une rubrique de cinéma au Provençal.

Mais devant les corps, l'instinct revient.
Il relève un numéro,
prévient les secours,

et commence une enquête qu'il cache à Irène,
sa femme,
dans un couple déjà traversé de fatigue.

Un second fil court en parallèle.

François Nessim, grand reporter, ami de Paco,

gagne la frontière afghane par le Pakistan,
pour couvrir une guerre lointaine.

Son carnet de voyage scande le roman.

Attia construit comme on monte un film :
chapitres courts,
voix qui se relaient,

deux continents qui se répondent.

Le récit monte par paliers,
patient,
implacable.

Au fil des interrogatoires, les morts se mettent à parler.

Chacun portait une histoire venue d'ailleurs.

Une femme se tient au cœur de l'affaire,
fille d'une diaspora venue de l'Est.

Marseille devient une ville de passages,
où les exils se frôlent,
se reconnaissent,
parfois se blessent.

L'Algérie perdue,
les Balkans,
les routes troubles d'une Europe encore coupée en deux.

La vengeance, ici, a la couleur des frontières.

Et derrière l'enquête, il y a le regard d'Attia.

Né à Alger en 1949,
parti pour Marseille en 1962,
il a fait de l'exil sa matière.

Psychanalyste avant d'être romancier,
il écoute les silences,
les gestes,
les retours du passé.

Paco lui ressemble :
il enquête autant qu'il écoute,

et porte en lui une rive disparue qui revient à la surface.

Voilà ce que dit ce roman noir :
l'exil demeure.

Il se déplace,
il se transmet,
il se réinvente.

De Marseille à Vienne,
de l'Algérie à la Crète, où le livre circule désormais en grec,

une même patrie de papier,
dont la frontière recule à chaque traduction.

Couleurs de la vengeance.

Un polar de mémoire et d'exil,
où chaque crime ouvre une époque.

À lire,
pour entendre ce que les cartes taisent.

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